Méchant ? : Non ! Je ne suis pas méchant !

Méchant ? : Non ! Je ne suis pas méchant !

Je ne suis pas "MECHANT" ! - Je ne suis pas "MECHANTE" !

Je me dis que mon article risque de faire réagir
et je serais heureuse de lire vos commentaires et d’y répondre. 

Alors je me lance.

“T’es méchant !”
“Il m’a tapé, il est méchant.”
“Ne me tape pas ! Je ne veux pas que tu sois une méchante petite fille.”

“Le grand méchant loup…”

MECHANT mais pour qui, pourquoi ?

le grand méchant loup

Méchant - Gentil : une autre approche, la CNV !

En CNV (Communication NonViolente), Marshal B. Rosenberg explique qu’il n’y a pas de méchant. Il y a simplement des besoins à satisfaire.

Un peu de patience, je m’explique. 

Dans les contes, le loup a bien souvent le rôle du méchant. Ne dit-on pas le grand méchant loup ? 

Finalement, qu’a t-il de méchant ce loup ? Il veut manger les petits cochons me direz-vous… Oui, il veut les manger mais n’a t-il pas en fait simplement un besoin à satisfaire ? Son envie ne vient-elle pas d’une nécessité ?  Celle de se nourrir ? Est-il vraiment méchant pour ça ? 

En ce cas, sommes-nous méchants (seulement pour les omnivores !) parce que nous mangeons de la viande ? Tous les carnivores sont-ils méchants parce qu’ils mangent d’autres êtres vivants ? Et sommes-nous encore une fois méchants lorsque nous écrasons (tout le monde je crois !) un moustique par réflexe pour l’empêcher de nous piquer ?

En réalité, qu’est-ce qu’être méchant ?

Un petit retour dans ma vie d'avant pour mieux comprendre !

Quand j’y repense, lorsque je voyais mes enfants se chamailler, se brutaliser, mon premier réflexe était de leur dire d’arrêter d’être méchants entre eux. Dans ma phrase on entendait clairement qu’ils étaient méchants (eux et non pas leurs gestes). En effet, c’était dirigé vers eux : 

TU ES MECHANT ! 
TU ES MECHANTE !

Et petit à petit...

Ensuite, mes mots n’étaient plus dirigé vers eux mais plutôt vers leurs actions (je commençais alors mon cheminement en lisant notamment les livres d’Isabelle Filliozat). C’est à dire que je ne disais plus qu’ils étaient méchants mais que ce qu’ils faisaient l’était. J’en étais encore au stage du “TU qui TUE” et des jugements et en même temps c’était un début. 

Cela ressemblait maintenant à :  “Tu tapes ton frère, ce que tu lui fait subir est méchant.”

Et... la CNV est arrivée dans mon UNIVERS : "méchant" versus "besoin non satisfait" !

Alors dans mon soucis (mon besoin) d’être une bonne maman, j’ai continué mon cheminement vers les pédagogies positives et la CNV. J’ai alors suivi un stage de Communication NonViolente : CNV

A présent ce terme (plutôt banal et banalisé) : MECHANT me fait réagir.

Il ne s’agit plus de juger les gens ou leurs actions, mais bien de chercher d’où viennent ses gestes ou paroles qui me font réagir et que je qualifiais autrefois de “gentils” ou “méchants”

Et aujourd'hui ?

Voilà ce que je crois à présent. Je crois que les enfants ne sont pas des êtres méchants ou gentils. Et je crois également que je (moi-même) ne suis n’y gentille, ni méchante. En outre, je crois que nous manifestons tous, nos besoins et nos demandes comme nous le pouvons à un moment donné. 

Finalement ces moments qui nous dérangent, ces moments que nous qualifions de méchants sont des moyens de communiquer (comme ils peuvent) pour nos enfants. Il est de notre rôle de leur montrer d’autres moyens d’expressions.

Observons nos enfants et en même temps nous même !

Si ma fille pousse une autre petite fille qui s’approche trop près (à son avis), est-elle “MECHANTE” ? Non, je ne le crois pas. Je crois qu’elle essaie de garder son espace. Et son geste est là pour le signifier. Ce geste me dérange, pourquoi ?

Personnellement il me dérange parce que j’ai besoin d’harmonie. J’aime que les enfants jouent ensemble dans le respect. Mais ai-je le droit d’imposer mon besoin à ma fille qui veut jouer seule ? Je ne crois pas. Alors ce que je peux faire, c’est lui montrer qu’il y a d’autres gestes pour expliquer que l’on veut jouer tranquillement et tout seul.

Il y a encore quelques années, je l’aurais surement reprise (et probablement pas de manière bienveillante) en lui disant qu’elle était méchante de pousser cette petite fille et d’arrêter tout de suite !

J’ai changé, j’ai grandit !

Comment faire pour arrêter de dire : tu es méchant ?

Alors même si les habitudes sont rudes. En effet, je m’entends encore parfois dire à ma fille que “le vilain moustique”, l’a piqué : “Comme il est méchant ce moustique.” Et puis j’en prends conscience et je me dis qu’il n’a rien de méchant. Il pique et c’est tout. C’est un fait. 

Parfois lorsqu’un chien aboie très fort et qu’il nous fait peur. Pour nous rassurer (mes enfants et moi) et dédramatiser ce moment de peur je leur dis : “Il est méchant ce chien, il nous a fait peur.” Et puis je me reprends et ma phrase devient : “Il nous a fait peur ce chien, il aboie très fort. Peut-être qu’il a eu peur lui aussi et qu’il nous fait comprendre qu’il ne veut pas que l’on s’approche de chez ses maitres.” 

Prendre conscience des mots, de leur impact et comprendre que l’on a le choix de s’exprimer autrement est un premier pas vers une éducation consciente.

Le méchant dans l'histoire n'est pas toujours celui qu'on croit... Quel est son besoin ?

Pour illustrer cette histoire de méchant-gentils, prenons un exemple. Même dans les contes, on voit que les méchants des histoires ont seulement des besoins à satisfaire. Prenons le dessin animé “DRAGONS” que j’aime beaucoup.

le méchant DRAGON

Les dragons, sont des monstres méchants qui attaquent le village pour piller la nourriture des habitants. Bien évidement les habitants de Berk se défendent contre ces dragons et leur tirent dessus pour les détruire.

Alors qui sont les méchants ? Les dragons, les vikings ? Naturellement on a tendance à répondre qu’il s’agit des dragons bien sur (ou pas !). Ils attaquent, ils volent. On les trouve menaçants…

En fait, ces dragons ne sont que des victimes. Et oui, ils sont menacés par un plus gros dragon qui les mange s’ils ne ramènent pas assez de nourriture. 

Mais donc le méchant de l’histoire, serait-ce ce dragon ???

Un besoin non satisfait !

Je pense à présent que vous avez compris mon raisonnement et que vous pouvez surement anticiper ma réponse. Ce dragon ne cherche qu’à survivre lui aussi. Certes il le fait au dépend des autres (c’est d’ailleurs pour cela que ça nous dérange) mais ce n’est que pour répondre à ses besoins primaires.

Concrètement ?

A présent, une question vous vient surement. Alors concrètement, qu’est-ce qu’on peut leur dire à nos loulous plutôt que tu es méchant(e) ou même, ce que tu fais est méchant ?

Et bien en CNV on essaie de décrire les faits, c’est à dire ce que l’on entend ou ce que l’on voit. 

Plutôt que “tu es méchant lorsque tu tapes” (le TU qui tue de Jacques Salomé) décrivons ce qui se passe. Je t’ai vu pousser ta sœur et je l’entends pleurer. Alors je suis inquiète parce que j’ai besoin de vous savoir en sécurité lorsque vous jouez tous les deux. Puis-je te demande de jouer dans ta chambre durant le temps dont j’ai besoin pour mettre la table (par exemple).

Et dans nos classes, nos cours de récréation… essayons de demander aux enfants également de décrire ce qui les dérange, de raconter simplement ce qu’ils entendent ou voient sans jugement. Pour ne plus voir les autres comme des “MECHANTS”.

Ce n’est pas magique et ça demande du temps je trouve. Cela demande aussi d’accepter de changer notre façon de voir le monde en mode binaire : 

le blanc versus le noir
le bien versus le mal… 

Mais je crois que ça vaut le coup.

Stéphanie THOMAS-MANSUY

Enseignante et praticienne en psychopédagogie positive.

This Post Has 2 Comments

  1. Super article tres instructif… J’ai commencé directement à l’étape du “tu qui tue” en ne disant pas aux enfants qu’ils étaient méchant mais que leur gestes l’étaient. Par contre pour l’instant j’ai du mal a passer en mode CNV… Peut être grâce a vos articles je vais “grandir”!

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