Parentalité : de la “fessée” à l’éducation consciente !

Parentalité : de la “fessée” à l’éducation consciente !

Parentalité et éducation au fil du temps.

EDUCATION : terme qui passe d’instruction à action d’élever entre la 4ème édition et la 9ème du dictionnaire de l’académie française.

L'éducation en 1762 : une parentalité qui corrige.

En effet, en 1762, on peut lire ; ÉDUCATION. s.f. Le soin qu’on prend de l’instruction des enfans*, soit en ce qui regarde les exercices de l’esprit, soit en ce qui regarde les exercices du corps, & principalement en ce qui regarde les mœursBonne éducation. Mauvaise éducation. Prendre soin de l’éducation des enfans. Il se sent bien de la bonne éducation qu’il a reçue, qu’il a eue. La bonne éducation rectifie le mauvais naturel.

*enfants s’écrit enfans en 1762

L’éducation de 1762 sous-tend que l’enfant est mauvais naturellement et qu’il est bon de rectifier sa nature. La parentalité se fondait sur ce modèle et corrigeait par des châtiments.

Plus récemment :

Dans sa récente édition, l’éducation est plutôt synonyme de développement, de formation, d’élévation… On peut lire cette fois ; ÉDUCATION n. f. xve siècle. Emprunté du latin educatio, « action d’élever (des animaux, des plantes) » ; puis « instruction, formation de l’esprit ».

1. Action d’élever, de former, d’instruire une personne (enfant, adolescent, adulte), en cultivant ses qualités physiques, intellectuelles et morales. Se consacrer à l’éducation des jeunes enfants. L’éducation façonne la personnalité. Éducation sévère, classique, libérale, traditionnelle. Maison d’éducation, établissement où l’on reçoit en internat des enfants, des adolescents, pour les instruire et les éduquer. Les maisons d’éducation de la Légion d’honneur. Par ext. L’éducation de la jeunesse. L’éducation du public.  Titre célèbre : Émile ou De l’éducation, de Jean-Jacques Rousseau (1762). 

2. Développement et affinement d’une aptitude particulière, d’une qualité, d’un sens. L’éducation de la mémoire, de la volonté. L’éducation du goût, de l’œil. 

 

Parentalité et éducation

3. Formation dans un domaine que définit l’épithète ou le déterminant. Par exemple : L’Éducation nationale, l’ensemble des services ministériels chargés de la direction, de l’organisation et du contrôle de l’enseignement ; l’ensemble des établissements d’enseignement. Le ministre de l’Éducation nationale arrête les programmes d’enseignement des écoles, des collèges et des lycées. L’Éducation nationale décide, chaque année, de la date des congés scolaires. Les inspecteurs généraux de l’Éducation nationale. Les inspecteurs départementaux de l’Éducation nationale. 

4. Connaissance et pratique des usages de la société, des bonnes manières, de l’urbanité. Elle a reçu une excellente éducation. Un brave homme sans grande éducation.  Titre célèbre : L’Éducation sentimentale, de Gustave Flaubert (1869).

Un modèle de parentalité basée sur le pouvoir.

L’éducation TRADITIONNELLE, celle depuis 1762 est fondée sur une base de bien et de mal. En effet, lorsqu’on y regarde de près, ce modèle de parentalité se caractérise par un adulte (ou plusieurs) référent(s) de ce qui est bon ou mauvais. De fait, les “bons” comportements sont encouragés (par des récompenses) et les “mauvais”, corrigés (par des punitions ou châtiments). Dans ce modèle, c’est la hiérarchie qui prime : je suis plus fort, plus âgé, plus intelligent… je sais mieux que toi et j’ai le pouvoir sur toi !

Le parent sait et l’enfant subit.

Ce modèle a pour mot d’ordre : OBÉISSANCE.

Toujours le même regard éducatif.

Depuis 1762, la définition même d’EDUCATION a changé, et pourtant le regard éducatif est encore si souvent axé sur l’idée qu’il faut corriger les comportements non conformes aux jugements du parent (ou des adultes). C’est ainsi, la parentalité s’applique toujours comme un modèle pyramidale : l’adulte au dessus de l’enfant.

Une autre approche de la parentalité !

A l’inverse en parentalité positive, bienveillante, consciente, l’éducation se fait autrement. En effet elle est guidée sur un principe de CNV de Marshall B. Rosenberg ; celui de besoin satisfaits et non-satisfaits. Il n’est plus question de bien et de mal (notions subjectives, culturelles ou religieuses…), de bons ou de mauvais enfants. De fait, ce modèle ne fait pas rapport de hiérarchie, il part sur des notions d’égalité et de respect. Enfant-Parent, Parent-Enfant sur un modèle GAGNANT-GAGNANT et respectueux (au mieux) des besoins de chacun.

En parentalité consciente, mes actions ne sont pas guidées en mode ACTION-RÉACTION comme un réflexe, mais bien comme une recherche d’équilibre qui satisfait chacun.

Lorsque je donne une fessée à un enfant (ou que je lui tape la main, ou que je crie dessus) pour lui faire entendre que ce qu’il fait ne me convient pas, que ce n’est pas bien (selon mes propres jugements), je lui donne comme message que pour régler un conflit, il faut frapper. Par la suite, il va rencontrer d’autres enfants et probablement aussi, des situations avec lesquelles il n’est pas d’accord (cette fois avec ses propres jugements ou ceux induits par les adultes référents qui interviennent dans son éducation). Comme, il a appris que lorsqu’on veut manifester son désaccord, il faut frapper ou crier comme papa, maman… Et PAF ! Il a mis une claque à une autre enfant. 

Or c’est à ce moment, pour aller plus loin dans l’absurde, qu’il va recevoir une autre fessée ou claque et entendre de l’adulte qu’il ne faut pas taper !!! Comme dirait mes enfants à ce moment : 

WHAT ! C’est à n’y rien comprendre.

Mon expérience en parentalité et éducation, pour faire autrement.

Mes premiers pas de maman :

Je n’ai pas débuté ma vie de maman en parentalité ou éducation consciente. Au contraire, j’ai commencé par un modèle classique, celui que je connaissais. Quand mon fils faisait une “bêtise”, il était puni. Et quand il frappait, il avait une fessée. Ou encore,  lorsqu’il mordait, je le mordais… Je croyais (dans ces moments là !) que c’était le meilleur moyen de lui apprendre.

Alors, je n’avais pas d’outil pour faire autrement. Et surtout je n’avais pas conscience des comportements que je provoquais en voulant justement les éviter.

Mes choix éclairés :

Depuis quelques années maintenant, mes pratiques éducatives n’ont cessé d’évoluer. J’ai 3 enfants et je pratique aujourd’hui une parentalité qui me correspond, une éducation en conscience, respectueuse (au maximum) des besoins de chaque enfant, de mon mari et de moi-même sur un modèle gagnant-gagnant (autant que faire ce peut et avec les faiblesses humaines que cela implique). 
Mes enfants m’ont permis de devenir la maman version 2.0 vers laquelle j’aspirais et je leur dis MERCI.

Et concrètement comment faire ?

Comment sommes-nous (en famille) passé d'une parentalité : "bonne fessée" à une parentalité consciente ?

Mes croyances (limitantes) et mes convictions étaient que les autres manières d’éduquer (sans punition) “fabriquaient” des enfants rois… Ce qui ne me convenait pas.

Et puis j’ai rencontré l’association PAT (Parent Autrement à Tahiti) et l’éducation autrement. Alors j’ai découvert des outils éducatifs pour faire autrement. Oui, dans “éducation bienveillante”, “éducation positive” ou “parentalité autrement”, il y a une éducation : éducation au sens de développement, d’action d’élever.

Un VÉRITABLE changement en profondeur :
Tout n’a pas changé du jour au lendemain comme par magie. Il m’a fallu du temps pour modifier mes habitudes. Je me suis beaucoup culpabilisée, je portais sur moi des jugements négatifs. En effet, j’étais en recherche de perfection pour être une VRAIE maman bienveillante. Par exemple, je culpabilisais lorsque je me mettais en colère. 

Dans ces moments là, je n’appliquais aucune bienveillance envers moi-même.

Je n'y suis pas arrivée seule !

Alors j’ai suivi des formations (notamment en CNV), et j’ai beaucoup lu sur le sujet (Isabelle Filiozat, Marshall B. Rosenberg…). Et à chaque fois j’avançais un peu plus vers cette relation gagnant-gagnant et vers cette parentalité, cette éducation consciente qui me correspond parfaitement.

J’aime mes 3 enfants et je souhaite le meilleur pour chacun d’eux. Mes valeurs éducatives n’ont pas changées. J’ai besoin de respect, d’harmonie, de confiance au sein de ma famille et j’essaie de vivre avec eux en partageant ces valeurs. En même temps, je n’ai pas éduqué mon plus grand avec les mêmes outils que ma plus petite. C’est pour moi, un réel regret.  

 

Parentalité : des outils pour faire autrement.

Je crois qu’il est important de populariser la parentalité consciente au maximum. Il existe des outils qui permettent de faire autrement et je crois que chaque nouveau parent devrait en être informer. Mais ce que je crois également, c’est qu’il est important d’informer sans culpabiliser. L’éducation et la vie ensemble est un chemin à faire jour après jour, avec ses moments joyeux, fatigants, enrichissants, malheureux… et ses essais, erreurs et victoires qui font de nous une FAMILLE.

Je pense qu’il faut également casser les stéréotypes et les fausses croyances. Tous les enfants ne deviennent pas des enfants rois ou des tyrans avec une éducation bienveillante, positive ou une parentalité consciente et tous les parents qui éduquent autrement ne sont pas laxistes ou démissionnaires… Je le redis et j’en suis convaincue, nous parlons bien d’EDUCATION positive, de PARENTALITÉ bienveillante ou consciente. 

Je voudrais juste terminer avec un message à tous les parents et futurs parents : la parentalité consciente, ça s’APPREND, et il y a probablement dans votre quartier, ville, PMI… des ateliers, des formations en bienveillance éducative, parentalité positive, éducation consciente… pour vous guider. 

Et pour les chanceux qui habitent en Nouvelle-Calédonie, des ateliers vous sont proposés à la demande en soirée sur Nouméa ou ailleurs.

Pour plus d’informations, vous pouvez laisser un commentaire en bas de l’article.

Stéphanie THOMAS-MANSUY

Enseignante et praticienne en psychopédagogie positive.

This Post Has 2 Comments

  1. Bonjour, ceci est un commentaire.
    Pour débuter avec la modération, la modification et la suppression de commentaires, veuillez visiter l’écran des Commentaires dans le Tableau de bord.
    Les avatars des personnes qui commentent arrivent depuis Gravatar.

  2. Quel beau témoignage et qui pour sûr déculpabilisera de nombreux parents. Les outils présentés sont en effet des outils importants et intéressants, nous permettant d’apprendre à respecter nos enfants. Une éducation bienveillante n’est pas du tout synonyme de lasser faire et n’empêche pas du tout de transmettre le bien vivre en famille, en société à nos enfants. L’être humain enfant a besoin de tuteurs pour grandir harmonieusement.

Leave a Reply